Le 4 septembre prochain, Rodrigues accueillera la 3e édition de Femmes Visionnaires de l’Océan Indien, un rendez-vous dédié à l’inspiration, au leadership féminin et au développement des réseaux professionnels à l’échelle régionale. À l’initiative de Cynthia Contini, fondatrice de ce mouvement qui rassemble des femmes engagées de Maurice, de Rodrigues, de La Réunion, de Mayotte et d’ailleurs, cette journée ambitionne de créer des passerelles entre les territoires et de valoriser les parcours de celles qui contribuent au développement de leur communauté. Pour Hello Rodrigues, Cynthia Contini revient sur la genèse de cet événement, les enjeux de cette édition rodriguaise et sa vision pour l’avenir des femmes de l’Océan Indien.
Interview réalisée par Laura Samoisy/Photos: DR
Qu’est-ce qui vous a motivée à créer Femmes Visionnaires de l’Océan Indien et quelle est la mission principale de cet événement aujourd’hui ?
Avant d’être entrepreneure, présidente d’association ou organisatrice d’événements, je suis avant tout une femme qui a dû apprendre à croire en elle. J’ai construit mon parcours avec beaucoup de détermination, mais aussi avec des doutes, des obstacles et parfois des regards qui vous font comprendre que vous n’êtes pas forcément attendue à certaines places. Pourtant, j’ai continué à avancer. Ce qui a donné naissance à Femmes Visionnaires de l’Océan Indien, c’est une réalité que j’observais partout autour de moi : des femmes brillantes qui n’osaient pas prendre la parole, présenter leur projet, demander de l’aide ou simplement reconnaître leur propre valeur.

J’ai compris que le problème n’était pas le manque de talent. Le problème était souvent le manque de confiance, de visibilité et de connexions. J’ai donc voulu créer un espace où une femme au foyer peut échanger avec une cheffe d’entreprise, où une porteuse de projet peut rencontrer une élue, où une salariée peut découvrir des parcours qui l’inspirent. La mission de Femmes Visionnaires est simple : connecter, inspirer et faire grandir les femmes de l’Océan Indien afin qu’elles osent prendre leur place et contribuer pleinement au développement de notre région.
Pourquoi avoir choisi Rodrigues pour accueillir cette 3e édition de Femmes Visionnaires de l’Océan Indien ?
Parce que Rodrigues fait partie de notre vision et représente quelque chose que nous avons parfois tendance à oublier : l’authenticité. Dès mes premiers échanges avec les acteurs locaux, j’ai ressenti une énergie particulière, une volonté sincère de faire avancer les choses et de créer davantage d’opportunités pour les femmes du territoire, tout en veillant à préserver son authenticité.
Femmes Visionnaires n’a jamais eu vocation à rester uniquement dans les grandes villes ou les capitales économiques. Notre ambition est d’aller là où il y a des talents à révéler. Rodrigues possède des femmes extraordinaires, des parcours inspirants et un potentiel immense. Il était naturel pour nous de venir à leur rencontre. Le 4 septembre 2026, nous ne venons pas simplement organiser un événement. Nous venons construire un pont entre Rodrigues et le reste de l’Océan Indien.
En quoi cette édition rodriguaise sera-t-elle différente des précédentes éditions organisées dans la région ?
Le format reste fidèle à l’ADN de Femmes Visionnaires : des conférences inspirantes, des témoignages authentiques, des échanges de qualité et un déjeuner d’affaires favorisant les rencontres. La grande différence cette année réside dans la manière dont l’événement a été construit. Depuis plusieurs mois, nous travaillons main dans la main avec des acteurs de Rodrigues, de Maurice, de La Réunion et de Mayotte afin que cette édition soit profondément ancrée dans la réalité rodriguaise.
Nous sommes également heureux de constater l’implication croissante des institutions et des décideurs qui souhaitent favoriser la participation des femmes rodriguaises et soutenir cette dynamique régionale. Cette édition sera plus collaborative, plus territoriale et encore plus connectée aux enjeux de l’Océan Indien.
Quels sont les principaux défis auxquels les femmes entrepreneures de l’Océan Indien font face aujourd’hui, selon vous ?
Le premier défi reste la confiance en soi. Trop de femmes ne se sentent pas légitimes. Elles hésitent à prendre leur place, à se mettre en avant ou à croire pleinement en leur potentiel. Il existe également un manque de visibilité, de modèles accessibles et parfois de soutien. Beaucoup ont grandi en entendant des phrases comme : « Ce n’est pas possible », « Tu n’y arriveras pas » ou encore « Ce n’est pas pour toi ».

Ces discours finissent par devenir des limites que l’on s’impose soi-même. Avec Femmes Visionnaires, nous voulons déconstruire ces croyances limitantes et donner aux femmes les outils, les contacts et la confiance nécessaires pour avancer.
Cette rencontre met beaucoup l’accent sur le leadership féminin. Que signifie être une « femme visionnaire » dans le contexte actuel ?
Le leadership féminin, c’est la capacité à conduire sa vie, ses projets et son environnement vers des actions positives et porteuses de sens. Être une femme visionnaire, c’est croire en sa vision avant même qu’elle ne soit visible aux yeux des autres. C’est voir ce qui n’existe pas encore, continuer d’y croire malgré les doutes et persévérer jusqu’à sa réalisation. Une femme visionnaire ne se contente pas de rêver. Elle agit, construit et avance. Elle s’entoure de personnes qui l’élèvent et, en retour, elle contribue elle aussi à faire grandir les autres.
Quels types d’opportunités les participantes pourront-elles concrètement tirer de cette journée de conférences et de networking ?
Les participantes auront accès à des conférences autour de thématiques essentielles :
Développer sa confiance en soi ; passer à l’action ; devenir plus résiliente et imperturbable ; construire et développer son réseau ; valoriser son expertise ; renforcer sa posture de leader. Elles découvriront également des témoignages inspirants de femmes issues des médias qui partageront leur parcours, leurs défis et les leçons qui les ont aidées à réussir.
Au-delà de l’inspiration, Femmes Visionnaires est aussi un espace d’opportunités. Les participantes pourront rencontrer des entreprises, des institutions, des partenaires et des professionnelles venues de différents territoires. Les participantes repartent généralement avec davantage de motivation, de nouvelles connaissances, un réseau élargi, des idées renouvelées et parfois même de nouvelles collaborations ou opportunités d’affaires.
Plusieurs intervenantes venues de différents horizons seront présentes. Quels profils avez-vous souhaité mettre en avant cette année ?
Nous avons souhaité mettre en lumière des femmes qui œuvrent concrètement au développement de leur territoire et à la valorisation des femmes dans l’Océan Indien.
Parmi elles, nous aurons notamment :
Marie-Paule, actrice engagée dans le développement durable à Rodrigues ;
Marie-Josée, cadre à la Délégation de Mayotte à La Réunion ;
Anne-Murielle Ravina, entrepreneure et dirigeante de plusieurs entreprises dans les secteurs du commerce et de la beauté ;
Laura Samoisy et Stéphanie Meunier, qui contribuent activement à la visibilité de leur île et à la promotion de ses talents.
Nous accueillerons également des professionnelles issues du marketing, de la communication, des médias, de l’entrepreneuriat et du monde associatif. L’objectif est de présenter des parcours variés, inspirants et accessibles afin que chaque participante puisse s’identifier et se projeter.
Vous insistez beaucoup sur la notion de connexion régionale. Pourquoi est-il important aujourd’hui de créer des passerelles entre les femmes entrepreneures des îles de l’Océan Indien ?
Depuis près de dix ans, j’œuvre au développement des échanges économiques dans l’Océan Indien. J’ai pu constater que de nombreuses initiatives existent, mais que certaines dynamiques régionales s’essoufflent parfois faute de moyens et de coopération. Je suis convaincue que notre avenir passe par la collaboration.
Créer des passerelles entre les femmes des différentes îles, c’est partager des expériences, des compétences, des opportunités et construire ensemble une région plus forte. Nous avons beaucoup à apprendre les unes des autres et nous sommes plus puissantes lorsque nous avançons ensemble que lorsque nous restons chacune sur notre île.
Quel message souhaitez-vous adresser aux femmes rodriguaises qui hésitent encore à participer à cet événement ?
J’aimerais leur dire qu’elles ont toutes leur place à Femmes Visionnaires. N’attendez pas d’être parfaite pour vous autoriser à participer. N’attendez pas non plus que toutes les conditions soient réunies. Considérez cette journée non pas comme une dépense, mais comme un investissement dans votre développement personnel et professionnel.
Si vous avez envie d’apprendre, de rencontrer d’autres femmes inspirantes, d’élargir votre réseau ou simplement de vous accorder un moment pour vous, alors cet événement est fait pour vous. Parfois, une seule rencontre, une seule idée ou une seule conversation peut changer une trajectoire.
Après Rodrigues et les prochaines éditions annoncées dans la région, quelle est votre vision à long terme pour Femmes Visionnaires de l’Océan Indien ?
Je vise haut. Je souhaite poursuivre cette tournée à travers les îles de l’Océan Indien avant de la conclure à Paris. Cette étape symbolique permettra de montrer que les femmes de notre région possèdent des expertises, des savoir-faire et des parcours inspirants qui méritent d’être reconnus bien au-delà de nos frontières.
Trop souvent, nous regardons ailleurs en pensant que l’excellence vient d’ailleurs. Pourtant, nos îles regorgent de talents extraordinaires. Femmes Visionnaires a pour ambition de devenir le réseau de référence des femmes de l’Océan Indien.
Un réseau qui crée des opportunités. Un réseau qui développe les talents. Un réseau qui relie les territoires. Un réseau qui fait rayonner l’Océan Indien sur la scène internationale. Parce que lorsque les femmes avancent ensemble, ce sont des territoires entiers qui progressent. Notre vision tient en trois mots : Inspirer. Connecter. Impacter.




