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Plaine Corail : interview exclusive du chef commissaire de l’ARR, Franceau Aubret Grandcourt GOSK, sur le projet de l’agrandissement de l’aéroport de Rodrigues

L’appel d’offres pour l’agrandissement de l’aéroport de Plaine Corail, lancé officiellement le 8 janvier 2026, marque une étape décisive pour Rodrigues. Considéré comme le plus grand projet d’infrastructure jamais réalisé sur l’île, ce chantier d’envergure, financé par la Banque mondiale avec le soutien de l’Union européenne, suscite autant d’espoirs que de questions. Vision, retombées économiques, emploi local, environnement, relogement des familles concernées : Hello Rodrigues a interrogé Franceau Aubret Grandcourt GOSK, chef commissaire de l’Assemblée Régionale de Rodrigues et commissaire de l’environnement, pour mieux comprendre les enjeux, le calendrier et l’impact concret de ce projet structurant pour l’avenir de Rodrigues.

Interview réalisée par Laura Samoisy / Photo : DR

L’appel d’offres pour l’agrandissement de l’aéroport de Plaine Corail a été lancé le 8 janvier 2026. Que représente ce moment pour Rodrigues ?

C’est un moment extrêmement important pour notre île. Après des années de discussions et de projets restés sur le papier, nous voyons enfin la lumière au bout du tunnel avec le gouvernement de l’Alliance Libération. Cet appel d’offres concrétise un projet dont on parle depuis longtemps, et il ouvre la voie à de nouvelles opportunités économiques et sociales pour Rodrigues. C’est aussi un symbole fort : il montre que notre île est capable de mener à bien de grands projets d’infrastructure. Tous les secteurs, de l’artisanat à l’agriculture, pourront bénéficier des retombées futures de ce projet. C’est une étape majeure pour notre développement.

Peut-on considérer cet agrandissement comme un tournant historique pour les infrastructures publiques de Rodrigues ?

Absolument. Il s’agit du plus grand projet jamais réalisé sur notre île. Et nous savons que ce genre de projet crée un effet d’entraînement : il peut en engendrer d’autres, de plus grande ampleur encore. À terme, cela pourrait attirer des établissements hôteliers de renom, capables d’accueillir le flux de passagers qu’un aéroport modernisé va générer. Bien sûr, ce développement entraînera une certaine pression sur l’île, mais notre priorité est de trouver un équilibre entre croissance économique, protection de l’environnement et bien-être de la population.

En quoi ce projet répond-il aux limites actuelles de l’aéroport et aux besoins futurs de Rodrigues, notamment en matière de connectivité et de développement économique ?

Aujourd’hui, la piste d’atterrissage ne peut accueillir que des avions de type ATR, ce qui limite fortement la capacité de transport. Avec l’agrandissement, Rodrigues pourra recevoir des avions de plus grande capacité, comme les Airbus A321 Neo ou équivalents. Cela améliorera considérablement la connectivité aérienne, facilitant les déplacements vers les îles voisines, le continent africain, voire au-delà. Cela répondra à des besoins essentiels, comme le transport rapide de patients vers Maurice pour des soins urgents. Sur le plan économique, ce projet dynamisera nos secteurs clés : artisanat, agriculture et tourisme. Nos produits locaux pourront être exportés plus facilement et de manière plus régulière, et l’emploi local bénéficiera directement des travaux et des activités qui en découleront. D’ailleurs, la Banque mondiale a alloué 20 millions de dollars pour soutenir les acteurs économiques concernés par le projet, afin de créer un équilibre entre développement et protection de nos ressources.Soit 10 millions de dollar pour accompagner le secteur touristique et 10 millions pour le secteur d’eau et de l’agriculture.  

L’Assemblée Régionale a-t-elle déjà entamé des discussions avec des compagnies aériennes régionales et internationales pour assurer la desserte de Rodrigues dans le futur ?

Pour l’instant, la priorité reste l’aspect physique du projet : la construction et la modernisation de l’infrastructure. La décision concernant les compagnies aériennes relève des autorités mauriciennes. Cela dit, nous discutons de possibilités de vols régionaux dans un premier temps et, à plus long terme, pourquoi pas, de la création d’une compagnie aérienne propre à Rodrigues, un AIR RODRIGUES ! Cela permettrait de mieux contrôler notre connectivité et d’ouvrir davantage l’île au monde.

Quelles sont les grandes étapes à venir après le lancement de l’appel d’offres ?

La date limite de soumission des propositions est fixée au 8 avril 2026. Ensuite, nous évaluerons chaque offre pour sélectionner celle qui répondra le mieux aux critères techniques et financiers. Une fois le contrat attribué, nous passerons à la mobilisation sur le site : installation des bureaux, camp pour les travailleurs, gestion de l’eau et mise en place d’un mécanisme de suivi des plaintes et demandes d’informations de la population, pour garantir une communication transparente tout au long du projet.

À quel horizon peut-on espérer la mise en service des nouvelles infrastructures ?

Le démarrage des travaux est prévu pour fin 2026, ou au plus tard début 2027, et le projet devrait s’achever en 2030.

Quelle place sera accordée à la main-d’œuvre rodriguaise pendant les travaux ?

Le contrat prévoit une clause obligatoire : au moins 30 % de la main-d’œuvre devra être locale. Cela permettra aux Rodriguais d’acquérir de nouvelles compétences, notamment dans les métiers techniques et de construction, tout en participant activement à ce projet qui profitera à l’île.

Quelles garanties environnementales ont été mises en place pour protéger l’écosystème de Rodrigues ?

Un consultant environnemental, recruté par la Banque mondiale et le Bureau de l’environnement, assurera un suivi strict du chantier. Nous surveillons de près les zones sensibles, comme la réserve d’Anse Quitor et le site François Leguat, afin de protéger les plantes endémiques et la biodiversité locale.

Combien de familles ont dû être relogées et où en est le processus ?

Plus d’une dizaine de familles du village de Sainte-Marie ont été relogées. Chaque famille dispose aujourd’hui d’un terrain agricole, de clôtures, d’infrastructures de stockage d’eau et d’espaces pour leurs animaux. L’objectif est que ces relogements soient durables et qu’ils préservent les activités économiques des familles, comme l’élevage et l’agriculture.

Comment l’Assemblée régionale accompagne-t-elle ces familles ?

Nous avons organisé plusieurs réunions pour identifier leurs besoins et obtenir leur accord sur leurs nouveaux terrains et logements. Chaque espace a été conçu en tenant compte de la superficie nécessaire pour les maisons, les parcs et les infrastructures agricoles. L’accompagnement est complet et transparent, afin de garantir que chaque famille puisse s’approprier pleinement son nouvel environnement.

Quels sont les principaux défis ou risques à anticiper dans la réalisation de ce chantier ?

Les défis principaux concernent l’environnement, la logistique et le maintien du caractère de Rodrigues. Le port étant limité, nous dépendrons de l’arrivée des bateaux pour les matériaux de construction, ce qui peut générer des pénuries. Nous devons également veiller à ce que l’île conserve son identité accueillante et son charme unique malgré les transformations.

Quelles perturbations les usagers et riverains peuvent-ils prévoir pendant les travaux ?

Il y aura forcément du bruit, de la poussière et des contraintes liées à l’approvisionnement. Nous mettrons tout en œuvre pour limiter ces désagréments et maintenir la qualité de vie des habitants, notamment grâce à une communication continue et un suivi rapproché des chantiers.

Comment les autorités comptent-elles informer et accompagner la population tout au long du chantier ?

Un mécanisme de gestion des plaintes sera mis en place, avec un comité dédié pour analyser et répondre à chaque demande. Nous aurons également un consultant en communication qui fera le pont entre l’AML et l’Assemblée Régionale sur les étapes et l’avancement du projet. Et une fois toutes les informations reçues, c’est l’Assemblée Régionale qui sera tenu d‘informer le public.

Enfin, quel message souhaitez-vous adresser aux Rodriguais ?

Le changement peut susciter des inquiétudes, mais il ne faut pas en avoir peur. Ce projet vise à améliorer la vie quotidienne sur notre île : faciliter les déplacements médicaux urgents, permettre l’exportation de nos produits locaux, créer des emplois et développer l’économie. Les Rodriguais doivent se sentir acteurs de ce projet et s’approprier ces transformations pour construire ensemble l’avenir de Rodrigues.

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